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Jessica, grande femme aux yeux de Yannis. Ce dernier, en la prenant en photo, a su distiller les mots pour la présenter sous un jour attrayant, immortalisant sa sensualité et son incapacité à empêcher l'émotion lui monter au visage. Elle avait mis ses propres sens en éveil. Les compliments qu'elle recevait declenchèrent une incoercible vibration de toutes ses fibres dont les harmonies résonnèrent en coeur. Ils étaient si loin des clichés que lui renvoyaient les autres individus qu'elle cotôyait quotidiennement; on lui reprochait une mollesse, une maléabilité qui l'empêchait d'être à la hauteur de ses homologues mannequins masculins. Elle était flattée.
Effroi. Angoisse. Remors. Renpentir. Ironiquement le vocabulaire de la vieille psychologie comportementale décrivait à merveille les réactions de son coeur palpant ses désirs intimes. Elle se voyait comme une créature sauvage, féroce, coupable de crime. Pourtant, ses propres images la harcelèrent, elle les laissa pénetrer en elle, elle se laissa submergée, elle les reçut comme des friandises surgies de son adolescence, époque où ses sens n'étaient pas encore bridés par la peur et la volonté d'abstinence. L'idée qu'on ne puisse voir en elle qu'une belle femme lui était insupportable.
Sa beauté était pourtant éblouissante, fatale, sublimement envoûtante. Savoir qu'on la respectait pour cette dernière qualité avivait encore les folles aspirations de son coeur resté ouvert, offert à celui qui serait l'aprocher. Un geste nerveux, pour repousser derrière l'oreille une mèche rebelle digne d'une madone du Titien, trahit soudain sa crainte que Yannis comprenne spontannément ce qu'elle décrivait de façon confuse. Elle était une technicienne des faits objectifs, douée d'une grande vivacité pour les brasser, les agencer et en faire la synthèse en les classant dans des catégories totalement abstraites.
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